_____Paul et moi entrâmes dans l'hôpital, accompagnés de deux policiers qui nous attendaient, ainsi que les deux ambulanciers. Nous fûmes admis aux urgence. Administration illogique, quand tu nous tiens! Nous étions dans la hall, et pouvions aperçevoir la grande salle d'attente, d'où sortaient des râles, des gémissements, des pleurs de bébé, d'enfants, et on nous faisait passer nous -avant tout le monde-, alors que nous n'avions rien de grave. L'hôpital grouillait d'activité. Ici, un brancardier accompagné de deux médecins passaient le couloir à fond les ballons devant nous, avec une personne visiblement mal en point et remplie de sang couchée sur la civière. Ils craient des noms incompréhensibles. Par là, deux personnes âgées en chaises roulantes discutaients entre elles, tandis que derrière eux une jeune femme en béquille se servait à la machine à café. Les secrétaires à l'entrée avaient l'air débordées. Dans ce hall très lumineux, elles croulaient sous la paperasse, et sous les dossiers que les chirurgiens ne cessaient de leur amener. Un homme, visiblement pressé, vint engueler l'une d'elle. Il marchait bien, et n'avais pas l'air gravement malade, pourtant, il hurlais sur la pauvre femme, qui ne pouvais rien faire. Elle lui demanda de retourner s'asseoir, mais l'individu continua son scandale, jusqu'à ce que la sécurité n'intervienne. Enfin, c'est la routine des hôpitaux...
_____« -Monsieur, vous venez? ». Oups, sans le remarquer, je m'étais arrêté au milieu du hall, afin d'observer, retardant notre petit groupe. « Excusez-moi, je viens ». Tu parles, comme si j'en avais envie! Enfin, j'étais bel et bien obligé. J'ai toujours aimé observer les gens. Dans la vie courante, lorsque je me balade dans la rue, ou que je suis à la base, j'adore regarder les gens, essayer de déceler leurs petites manies, leurs habitudes, j'adore me balader uniquement dans le but de croiser des regards. J'aime le contact humain, depuis tout petit, où dès que j'en ai l'occasion, je vais parler aux gens, je les regarde dans les yeux... Le plus flagrant, c'est quand je prend un transport en commun. Dès que je vois une jolie fille, je ne peux m'empêcher de la regarder dans les yeux, jouer du regard avec elle. Même si bien souvent, voir même tout le temps, cela n'amène rien étant donné que l'on ne se parle pas, voir une personne me sourire me met toujours le baume au coeur. M'enfin, cela ne m'empêche pas d'être toujours célibataire. Il faut dire, que j'ai assez idéalisé l'amour selon moi, il faut que je trouve la fille qui correspondrait à mes critères. Et ils sont nombreux!
_____Mais même si je suis assez sociable, voir même plus que la moyenne des gens -il n'y a qu'à regarder la taille de mon répertoire pour s'en convaincre-, j'ai également besoin de passer des moments en solitaire, ou encore juste avec mon meilleur ami Ed. Quand nous étions plus jeunes, souvent, nous 'empruntions' la voiture du père à Ed, une magnifique Cadillac Eldorado rouge modèle 1953, première année de fabrication donc. Empruntions car son père n'étais jamais au courant de nos petites expéditions. Nous avions tous les deux le permis, et altèrnions pour savoir qui devait rouler. Conduire ce mythe procurait inéluctablement un sentiment de puissance, de grisement, surtout pour les amateurs de belles voitures. Je prenais ma guitare, la mettais dans le coffre, et on roulait, on roulait jusqu'en Pennsylvannie, à Pike plus précisement, ou se trouve un grand lac. C'était un lieu majestueux, où toute forme d'urbanisation s'estompait, ou la nature à l'état sauvage prédominait sur l'homme. On se posait au bord du lac, je jouais de la guitare, et lui chantait. Il avait une très belle voix. Je me souviens enore de sa mère, qui le poussait à passer des concours de chant. Lui ne voulait pas, cette tête de mule voulait aller à l'armée, coûte que coûte. Peut-être avait-il fait une erreur, çà, personne ne le sait et ne le saura jamais. J'avais besoin de ses moments là avec lui, parfois, j'y allais seul, je faisais beaucoup de choses seul. Ces petites expéditions m'ont permi de murîr, de me poser beaucoup de questions, de réfléchir, et surtout de me calmer durant ma jeunesse. J'étais quelqu'un de vraiment nerveux, et je partais à tout les coup au quart de tour. Il y avait des choses dans ma vie auxquelles il ne fallait pas toucher, des sortes de points sensibles. Quelques fois, on organisait des fêtes à Pike, avec des amis du lycée, puis, plus tard, de la fac. Alcool, filles, sexe, tout allait bon train lors de nos soirées, évidemment illégales. Mais on s'amusait! On a bien profité de notre jeunesse. Ed et moi avons passé notre scolarité ensemble. Après avoir reçu notre diplôme en fin de lycée, nous avons fait deux ans de fac -inutiles-, puis nous nous sommes engagés dans les Marines. L'école, c'était vraiment pas pour nous! Depuis, fini les sorties, fini les fêtes, sauf durant les permissions, qui ne sont pas si nombreuses que çà en ces temps de tensions internationales. Nous avons relativement bien réussi à garder notre vie sociale, et çà, tout le monde n'a pas réussi.